Le village de vacances Renouveau

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Beg Meil, le « village des Barbapapas »


Stéphane Dreyfus, le 16/08/2017 à 6h00 La Croix


Témoignage spectaculaire de l’architecture « bulle » des années 1960 et 1970, le village de vacances Renouveau, en Bretagne, est toujours en activité et doit faire l’objet d’une rénovation, cinquante ans après son ouverture.


Ces structures aux voûtes arrondies ont vu le jour avec le développement de la technique du voile de béton. / Jean-Marie Heidinger pour La Croix

Beg Meil (Finistère)

De notre envoyé spécial

Au bout de la route, à quelques pas de la mer, il est un petit village rond et blanc comme la lune. Bien caché par des arbres et des bosquets, à l’extérieur de Beg Meil, ravissante station balnéaire à quelques encablures de ­Concarneau, l’ensemble architectural ne se découvre pas sans stupeur. Ces bâtiments en forme d’igloo hérissés de cheminées et de canons à lumière que l’on aperçoit de l’entrée sont-ils ceux d’une colonie extraterrestre ?

Au contraire. Ce village de vacances de l’association ­Renouveau est bien humain, et porté par un projet éminemment humaniste. « Tout a été fait et pensé ici pour inviter les vacanciers à se rassembler », explique Amélie ­Gelot, directrice du village, assise à l’une des tables courbes du réfectoire, lui-même composé de trois salles hémisphériques disposées en trèfle. « Elles sont fixées au sol et peuvent accueillir cinq à sept convives, afin de réunir, par exemple, un couple et une famille, et surtout ne laisser personne seul. Tout le village est organisé de manière à pousser les gens à se croiser. » À la table voisine, une vacancière, venue avec sa fille et sa petite-fille, évoque avec d’autres résidents la soirée pétanque de la veille…

Pour cette structure de 450 lits, le cahier des charges, fixé en 1965 par Pierre Lainé, fondateur de ­Renouveau, est guidé par cette idée motrice. « Tout y est rondeur : les plans, les volumes, les dessins des fenêtres, observe l’historienne Raphaëlle Saint-Pierre, auteur d’un excellent ouvrage sur les « maisons-bulles » (lire les repères).Le cercle est ce qui réunit le mieux le groupe, la famille, selon Pierre ­Székely. » Ce sculpteur d’origine hongroise refait alors équipe avec son ami, l’architecte Henri Mouette, avec lequel il a déjà travaillé dans les années 1960 sur des projets de Renouveau, à Chamrousse (Isère) puis à C­ourchevel (Savoie).

Son architecture s’inscrit dans un mouvement en plein élan depuis le développement de la technique du voile de béton. Il s’agit de projeter un mélange de ciment, de sable et d’eau sur une structure métallique recouverte de plaques de métal. Un procédé économe en matériau, puisque l’épaisseur minimale des parois est de 5 cm contre 15 pour une dalle orthogonale. Comme il offre une grande liberté d’expression plastique, des architectes comme ­Pascal Häusermann, Claude Costy ou Antti Lovag souhaitent rompre avec le règne de l’angle droit imposé par le style international pour aller vers le naturalisme : la bulle, l’œuf, le coquillage. Ou la baleine, surnom donné à l’incroyable salle polyvalente dont les formes cylindriques et le toit concave esquissent le dessin d’un cétacé… ou d’un autre animal fantastique, selon le poste d’observation et l’heure de la journée. Une répétition est en cours : des enfants de tout âge préparent le spectacle dansant du soir sur une musique aussi chaloupée que l’architecture de la salle. Une fresque de Vera Székely orne le mur qui escamote les coulisses.

Peintre, l’épouse du sculpteur a beaucoup travaillé avec lui, ornant le couloir de la « moufletterie » de deux dessins joliment naïfs aux couleurs vives, un pêcheur sous-marin et un poisson géant. Mais elle a également réalisé des vitrages polychromes pour les autres espaces réservés aux plus jeunes. Ceux du club des adolescents, en forme de bilboquet, ont hélas été remplacés par des verres classiques, mais ils ont été préservés dans celui des enfants. « Les couleurs sont fidèles, même si ce ne sont pas exactement les mêmes », reconnaît Amélie Gelot. Carré rouge, triangle violet, rond vert : les formes géométriques simples et les couleurs primaires décorent ce sublime anneau ondulant dont la hauteur sous plafond varie en fonction de l’âge des enfants. Au centre, un arbre et des petits vacanciers jouent à chat en plein air.

L’originalité du projet, innovant sur le fond comme sur la forme, n’a pas été du goût des riverains. « On a tout entendu à l’époque, s’amuse ­François Lainé, l’un des fils des fondateurs de Renouveau, qui y a passé tous ses étés : certains pensaient que nous étions une secte, d’autres qu’on allait construire une centrale nucléaire ! Mais ­Renouveau a fait travailler de nombreuses entreprises locales sur le chantier, puis a embauché des gens du coin pour travailler à l’année dans le village. Cela a rassuré. »Il n’empêche, le centre de vacances ne laisse toujours pas indifférent, près de cinquante ans après son ouverture, en juillet 1968. « Vous cherchez Nichonville ? », plaisante une voisine de Beg Meil. Plus poétique, le « village des Barbapapas » est un surnom qui joue sur la ressemblance avec l’habitat des célèbres personnages co-créés par Annette Tison, architecte inspirée par les « maisons-bulles ».

Les constructions ne sont pas dépourvues de défauts. L’écho est tel sous ces toits hémisphériques que des paravents ont été accrochés au plafond pour améliorer l’acoustique. Les aérations manquent dans des chambres à l’isolation approximative. Des gros travaux sont prévus par le nouveau propriétaire, Villages Clubs du soleil, qui a repris 15 des 21 sites de Renouveau, en 2014.

Le village a reçu le label « patrimoine du XXe siècle » qui n’impose aucune contrainte au propriétaire, mais vise à valoriser l’édifice. « C’est le souhait des Clubs du soleil », souligne Amélie Gelot. Parmi les changements prévus : la restauration et la protection des fresques de Vera Székely, l’amélioration du confort intérieur des chambres et le réaménagement des espaces collectifs, notamment du réfectoire, où les fameuses tables seront remplacées.

« Cette salle à manger est une véritable sculpture. Refaire les communs est une grave erreur », regrette François Lainé, qui fustige aussi l’orientation tarifaire prise par les Clubs du soleil (formule tout compris pour tous au lieu d’un tarif fixé à la carte et selon les revenus). « Nous avions des adhérents, ils les appellent des clients. » En espérant que la convivialité sera toujours à l’image de la douceur ronde de l’architecture.
Stéphane Dreyfus
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il y a 2 ans 9 mois - il y a 2 ans 9 mois #352 par glenan
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Beig Meil : les étonnants igloos du Village du renouveau
Stanislas Du Guerny / Correspondant à Rennes Le 13/08 à 19:59 Les Echos



UTOPIES BALNÉAIRES. Dans le sud du Finistère, ce village vacances inauguré en 1968 se compose d’étranges bulles de béton, conçues pour favoriser les échanges entre résidents.

Pas facile de trouver le Village du renouveau, niché à 400 mètres de la plage de Beg Meil, derrière les dunes, près d'un marais et loin des regards indiscrets. Dédié aux vacances populaires, cet ensemble a obtenu le label Patrimoine du XXe siècle décerné par le ministère de la Culture. Objectif : conserver intacte l'architecture si surprenante de ce village , inauguré en 1968 pour l'accueil des estivants venus de partout en France.


La réalisation des différents bâtiments de couleur blanche, décrits par les uns comme ressemblant à des igloos nordiques et par les autres comme étant des logements pour Martiens, revient à l'architecte Henri Mouette, accompagné par le sculpteur Pierre Székely. Sur le modèle d'un premier ensemble construit aux Etats-Unis, chacun des bâtiments a été réalisé en béton projeté sur des lattis métalliques. Une technologie à l'époque innovante et surtout peu chère.

Pour chacune des pièces - la plupart sont restées intactes --, les créateurs ont privilégié les formes arrondies, jugées plus conviviales et propices « aux échanges et rencontres entre vacanciers », indique Christopher Schaff, le directeur adjoint du site qui réunit actuellement un maximum d'archives concernant ce village où démarrera prochainement une complète rénovation. « La structure générale du domaine ne bougera pas, mais nous moderniserons notamment les logements. »

Des tables toujours impaires

Composée de trois imposantes formes sphériques éclairées par des puits de lumière naturelle, la vaste salle de restauration peut accueillir jusqu'à 300 convives répartis sur des tables toujours impaires, « là encore pour favoriser les relations entre familles ».



Tout a été fait pour rendre ludique le séjour des clients qui bénéficient d'une bibliothèque, d'une garderie pour enfants, d'une piscine, d'un cours de tennis, mais aussi d'une vaste salle de spectacles prenant la forme étonnante... d'une baleine.

Des vacances sans télé

Les clins d'oeil à la mer sont partout dans le domaine. Chacun des petits logements est orné de cheminées en forme de balises tribord et bâbord. Sous les auvents de ces 72 bungalows, évidemment tous de forme arrondie et répartis sur les 8,5 hectares du village, des dessins d'écrevisses, de poissons ou d'étoiles de mer, confirment un peu plus la vocation marine de cette cité.

Ces bungalows peuvent accueillir de 3 à 5 personnes réparties entre deux pièces aux plafonds en forme d'alcôve et ornés de bois. Une salle d'eau et des toilettes complètent chacun de ces logements, tous de petite taille et dépourvus de télévision afin d'inciter les occupants à se retrouver dans les parties communes.

Bientôt le wifi

Mais les vacanciers d'aujourd'hui ne sont plus ceux des sixties. Si elle entend conserver la vocation sociale du Village du renouveau, l'association Les Villages du Club du Soleil, qui a repris le domaine il y a trois ans, veut le remettre aux goûts du jour afin de relancer sa fréquentation, plutôt atone actuellement. Les logements vont être modernisés et dotés du wifi.

Le domaine de Beg Meil est ouvert au printemps et en été. Au cours de l'hiver dernier, le site a hébergé quelques dizaines de migrants . Une vocation que n'imaginaient pas les auteurs de ce site étonnant, conçu pour rompre avec la monotonie des logements populaires construits à la verticale dans les périphéries des grandes villes.

Stanislas du Guerny
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Last edit: il y a 2 ans 9 mois by glenan.

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